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Robert Levin nous rapproche des Partitas de Bach

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partitas n° 1 à 6 BWV 825-830 ; une version alternative de la Gigue de la Partita n° 3, ainsi que des deux derniers mouvements de la Partita n° 6. Robert Levin, piano. 3 CD Le Palais des Dégustateurs. Enregistrés à la Goillotte, Vosne Romanée en juillet 2017. Textes de présentation en français et anglais. Durée totale : 2:19:43

64xfyu-jsbachsixp-preview-m3 propose un triple disque pour lequel il revisite les Partitas BWV 825-830 de .

Du point de vue de l’interprète, les Partitas BWV 825-830 de Bach sont, à l’instar du visuel de cet album, comme un livre ouvert. Conçues originellement pour le clavecin, elles s’adaptent au clavicorde et au piano. En outre, elles constituent un univers complexe car, au fil des années, le Cantor de Leipzig laissa plusieurs versions de ces pages, en les remaniant par l’ajout d’ornements, notamment de trilles et de mordants.

Toute cette richesse a incité à nous en dévoiler une vision « philologique », c’est-à-dire respectant, autant que possible, l’écriture de Bach et basée sur des multiples éditions disponibles de ces œuvres. De ce fait, le pianiste présente des lectures alternatives de quelques mouvements, mais également favorise un type d’exécution qui laisse à l’interprète une certaine liberté, conformément aux habitudes de l’époque. Et bien qu’il joue sur un piano moderne – en offrant, donc, une sorte de transcription au piano – il nous fait percevoir un Bach authentique, sincère, naturel, qui témoigne de la connaissance approfondie qu’a Levin de ces œuvres et de leur symbolique. Notons que, dans le baroque, il existait un rapport strict entre les tonalités et les états d’âme qui leur sont liés. Chaque tonalité possédait une particularité spécifique, ce que les Italiens de ce temps nommaient les affetti. Rappelons que celle en si bémol majeur (BWV 825) manifeste l’équilibre et la joie, celle en ut mineur (BWV 826) évoque le pathos, la tristesse et la douceur, celle en la mineur (BWV 827) doit être associée à un caractère énergique, celle en ré majeur (BWV 828) est munie d’un ton jubilatoire, solennel et somptueux, celle en sol majeur (BWV 829) fait penser à la tranquillité, tandis que celle en mi mineur (BWV 830) se voit baignée d’une atmosphère de deuil.

Cette rhétorique conjuguée au naturel du phrasé est rendue plus forte encore par le fait que Robert Levin se sert d’une ornementation libre dans l’esprit d’une improvisation, ce qui montre sa volonté créatrice. Ceci est enrichi d’un bon nombre d’ornements continus, qu’on trouve dans les sources authentiques. De plus, on a affaire à un emploi discret de la pédale, la transparence des plans sonores, tout autant qu’une articulation précise et nette. L’inventivité de ces pages en est soulignée, principalement la variété des danses.

Sublimée par une prise de son pure, cette parution est agrémentée d’un entretien passionnant de Robert Levin, mené par notre collègue Stéphane Friédérich. En fait, cette interprétation nous paraît unique non seulement en ce qu’elle revient aux sources, mais aussi par l’équilibre qu’elle introduit entre la discipline intellectuelle et l’expression musicale. Pour finir, signalons qu’elle n’est pas dénuée de petites surprises : après la lecture de l’interview, essayez d’amorcer l’écoute par la Partita n° 2, et vous verrez !