CHOC CLASSICA : Gérard Poulet & Jean-Claude vanden Eynden / Schumann

L’ÉLAN DU CŒUR
Dans ces pages schumanniennes, le sentiment d’urgence le dispute à l’émotion pure

Gérard Poulet, violon – Jean-Claude vanden Eynden, piano.

Robert Schumann affirmait qu’« en art, on ne peut rien atteindre sans enthousiasme ». Cela pourrait être le credo de cet enregistrement des Sonates nos 1 et 2 (la troisième, opus posthume, n’a pas été retenue) et des trois Romances op. 94 pour hautbois et piano, transcrites pour violon. Gérard Poulet, né en 1938, avait déjà confié au disque, au début des années 1990, un programme identique avec Jean-François Heisser (Erato), dans une interprétation qui avait fait date. Il remet sur le métier, dans l’excellente acoustique du Clos de Tart en Bourgogne, ces pages qui l’ont accompagné tout au long de sa carrière, y manifestant une qualité stylistique toujours aussi accomplie, avec pour partenaire le remarquable pianiste belge Jean-Claude Vanden Eynden, jadis lauréat du Concours Reine Elisabeth. D’un engagement saisissant, les deux complices rivalisent d’intensité, et si la sonorité du violon au galbe très pur se fait plus émaciée aujourd’hui, la musicalité prévaut continûment. L’entente transparaît dans l’équilibre des échanges et une fraîcheur juvénile anime leur lecture de ces œuvres crépusculaires composées en 1851 au soir de la vie de Schumann. Le naturel de l’exécution, la finesse de timbre et la légèreté d’archet s’allient Robert Schumann(1810-1856)Sonates et Romances pour violon et pianoGérard Poulet (violon), Jean-Claude Vanden Eynden (piano)Le Palais des Dégustateurs PDD011. 2014. 59’aux élans lyriques et passionnés du clavier, surtout dans la Sonate n°2 en ré mineur plus aboutie sur le plan formel que la précédente. L’urgence prévaut et l’éloquence du discours laisse percevoir, sous l’effusion, le caractère mordoré de ces partitions qui se lovent le plus souvent dans le registre grave du violon, fréquemment proche de l’alto. Gérard Poulet et Jean-Claude Vanden Eynden parlent une langue commune et savent communiquer, derrière l’ardeur de leur jeu, ce sentiment fantastique si cher aux ambiances germaniques. Dans les Romances, dédiées à Clara, ils retrouvent le sens du merveilleux et le caractère indicible proches du lied. Pour les deux sonates, ce CD se hisse au niveau des visionnaires Argerich et Kremer (Deutsche Grammophon) et devant les versions plus classiques de Charlier et Engerer (Harmonia Mundi), Degand et Peyrebrune (Ligia Digital), Faust et Avenhaus (CPO). Dans la Sonate n°2, leur conception se montre moins subjective que Ferras et Barbizet (DG) et tout aussi frémissante que Yehudi et Hephzibah Menuhin (Warner Classics). Une éclatante réussite.

Michel Le Naour

Robert Schumann (1810-1856) Sonates et Romances pour violon et piano – Gérard Poulet (violon), Jean-Claude Vanden Eynden (piano)
Le Palais des Dégustateurs PDD011. 2014.

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